Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/193

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


couverts de durillons, et ta compagne, qui pourrait être une déesse de beauté, ressemble à une esclave. Vous n’avez ni hymnes à Apollon, ni temples, ni poésies, ni jeux, en un mot rien de tous ces dons qu’ont faits les dieux à l’homme pour orner sa vie. Travailler, travailler comme des esclaves ou des bœufs, uniquement pour se nourrir, n’est-ce pas la renonciation volontaire et impie de tous les désirs et de toutes les aspirations de la nature humaine ?

— Encore cette nature humaine ! s’écria Pamphile. En quoi consiste cette nature ? Consiste-t-elle à torturer des esclaves, en les faisant travailler au-dessus de leurs forces ; à tuer ses frères ou à les dégrader par l’esclavage ? Consiste-t-elle à transformer la femme en objet de plaisir ? Tout cela est nécessaire pour cette beauté de la vie que tu crois propre à la nature humaine. La nature humaine consiste-t-elle en cela ou à vivre en union avec tous les hommes et à se sentir un des membres de la fraternité universelle ? De même, tu te trompes grandement si tu penses que nous ne reconnaissons pas les sciences et les arts. Nous savons apprécier toutes les capacités dont l’homme est doué. Nous regardons les capacités innées de l’homme comme un moyen qui lui a été donné d’atteindre le but que nous nous efforçons d’atteindre par toute notre vie, c’est-à-dire l’accomplissement de la volonté de Dieu. Nous n’estimons