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— Mais comment un mariage peut-il être contraire à la volonté de Dieu ?

— Si j’avais oublié l’Iliade, que nous avons étudiée et lue ensemble autrefois, ce serait assez excusable de ma part, mais toi, qui vis parmi les philosophes et les poètes, tu n’as pas le droit de l’oublier. Qu’est-ce que l’Iliade ? C’est l’histoire du péché contre la volonté de Dieu par le mariage. Ménélas, Pâris, Hélène, Achille, Agamemnon, Chryséis, sont les personnages qui illustrent les calamités terribles survenues à la suite de la violation de cette volonté.

— Mais cette violation, en quoi consiste-t-elle ?

— Dans le fait que l’homme aime dans une femme non pas la créature humaine, mais la jouissance personnelle que son union avec elle procurera et qu’il l’épouse pour obtenir ce plaisir. Un mariage chrétien n’est possible que si l’homme est pénétré de l’amour de ses semblables et si la personne qu’il épouse, qu’il va associer à sa vie, est avant tout l’objet de cette affection fraternelle. Il est raisonnable et sage de ne bâtir une maison que sur des fondations, de ne peindre un tableau que si l’on a tout ce qui est nécessaire pour le peindre ; ainsi l’amour charnel ne peut être légitime, raisonnable et durable s’il n’a pour base l’affection et le respect que tout homme doit à un autre. Sur cette base seulement, il est possible d’établir la vie de famille chrétienne.