Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/183

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


marier, j’avais le choix entre trois jeunes filles. Elles avaient été choisies entre toutes les autres parce qu’elles étaient belles, riches, et que mon père consentait à l’avance à mon union avec l’une ou l’autre d’entre elles. Ce fut parmi ces trois que je choisis Eulampie, parce qu’elle me parut la plus jolie, la plus attrayante. Cela est naturel ; mais qui donc guidera ton choix, à toi ?

— Avant de répondre directement à cette question, dit Pamphile, permets-moi de te dire d’abord, que, dans notre religion, tous sont égaux, aussi bien au point de vue physique que moral ; notre choix est donc illimité. N’importe quel homme, n’importe quelle femme peut devenir le mari d’une chrétienne ou la femme d’un chrétien.

— Cela rend le choix d’une femme encore plus difficile, dit Jules…

— Je te répéterai ce que l’un de nos anciens me disait au sujet de la différence qui existe entre les ménages chrétiens et les ménages païens. Le païen, comme toi, choisit sa femme parmi celles qui peuvent lui donner personnellement le plus de plaisir, aussi ses regards en sont-ils troublés, et il lui est difficile de décider, d’autant plus que le plaisir est encore dans l’avenir. Au contraire, le chrétien n’est pas embarrassé par ce choix personnel, ou plutôt ces considérations n’ont pour lui qu’un intérêt secondaire. Sa premiere pensée est de veiller à ce que son mariage ne soit pas contraire à la volonté de Dieu.