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les raisins. Pamphile la remercia et suivit Jules qui demanda à son ami, le marchand, la permission d’entrer dans une pièce intérieure avec Pamphile. Les deux amis s’entretinrent alors des divers changements survenus dans leur existence. La vie de Pamphile s’était passée sans incidents, sans changement. Depuis qu’ils s’étaient vus, il vivait toujours dans la communauté chrétienne, était encore célibataire, et il affirmait à son ami que chaque année, chaque jour, chaque heure lui apportaient un plus grand bonheur.

Jules, à son tour, raconta à son ami tout ce qui lui était arrivé, comment il avait failli devenir chrétien, et le serait devenu sans sa rencontre avec un étranger qui lui avait ouvert les yeux sur les erreurs des chrétiens et l’avait persuadé que son devoir était de se marier, conseil qu’il avait en effet suivi.

— Eh bien, es-tu heureux maintenant ? demanda Pamphile. As-tu trouvé dans le mariage les satisfactions promises par l’étranger ?

— Heureux ! répéta Jules, qu’est-ce que cela veut dire ? Si l’on doit entendre par là, la réalisation parfaite de nos désirs, alors je ne suis pas heureux. Je gère mes affaires assez habilement ; mes voisins commencent à me respecter, et l’une et l’autre chose me donnent beaucoup de satisfaction. Je connais, il est vrai, bien des citoyens plus riches et plus estimés que moi, mais je prévois qu’un jour