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ses dentelles, et Piotr Ivanovitch se rassit en écrasant sous son poids le pouf tressautant. Mais comme elle n’arrivait pas à se décrocher, Piotr Ivanovitch se leva de nouveau, et pour la seconde fois, les ressorts du pouf s’ébranlèrent en grinçant. Tout étant rentré dans l’ordre, elle sortit un mouchoir propre, en batiste, et se mit à pleurer. Piotr Ivanovitch, calmé par les épisodes du pouf et de la dentelle, était assis, l’air maussade. Ce silence embarrassant fut interrompu par Sokolov, le majordome, qui venait annoncer que le terrain du cimetière choisi par Prascovie Fédorovna, coûterait deux cents roubles. Elle cessa de pleurer, regarda Piotr Ivanovitch d’un air de victime, et lui dit en français que tout cela était bien pénible. Sans mot dire, d’un signe de tête, Piotr Ivanovitch lui exprima sa profonde conviction qu’il n’en pouvait être autrement.

— Fumez, je vous en prie, lui dit-elle d’un air magnanime et abattu ; puis elle se mit à débattre avec Sokolov la question du prix du terrain.

Tout en allumant sa cigarette. Piotr Ivanovitch l’entendit demander le prix des différents terrains et choisir celui qu’elle désirait acheter. Après avoir réglé cette question, elle donna des ordres pour les chantres, et Sokolov se retira.

— Je m’occupe de tout moi-même, dit-elle à Piotr Ivanovitch, en repoussant les albums qui étaient sur la table ; puis, remarquant que la