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enfants restent seuls, mourants de faim. On tient ces hommes dans des cavernes de dépravation, dans les prisons, et cette réclusion cruelle et insensée n’est utile que pour les gardiens et pour les directeurs, maîtres absolus de ces esclaves. Des dizaines de milliers d’hommes « aux idées nuisibles » portent ces idées, par la déportation, dans les coins reculés de la Russie, ou deviennent fous et se pendent. Des milliers sont enfermés dans les forteresses où ils sont tués secrètement par les chefs des prisons ou bien deviennent fous grâce à la détention cellulaire. Des millions d’hommes périssent moralement et physiquement dans l’esclavage des fabriques. Des centaines de mille sont chaque automne arrachés à leur famille, à leurs épouses, et on leur enseigne l’assassinat, et on les déprave systématiquement. L’empereur de Russie ne peut se déplacer sans la protection d’une chaîne de quelque cent mille soldats, placés sur sa route à une distance de cinquante pas l’un de l’autre, et d’une chaîne secrète qui le suit partout. Un roi ramasse les impôts et fait construire une tour au sommet de laquelle il fait installer un étang coloré en bleu, avec une machine qui simule la tempête, et il s’y promène en canot. Et le peuple meurt dans les fabriques en Irlande, en France, en Belgique. Il ne faut pas être extraordinairement perspicace pour voir que de notre temps c’est la même chose et qu’il y a actuellement les mêmes tortures,