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la folie de ses amants ; au temps de Catherine on a dit la même chose de Pierre, etc., etc. Pourquoi rappeler tout cela ? Comment, pourquoi le rappeler ! Si j’ai une maladie terrible ou dangereuse très difficile à guérir dont je me débarrasse, je me le rappellerai toujours avec joie ; mais je n’en parlerai pas tant que j’aurai mal et toujours mal et irai de pis en pis, tant que je voudrai m’illusionner. Seulement alors je n’en parlerai pas. Et nous ne voulons pas nous rappeler parce que nous savons que nous sommes toujours malades. Pourquoi attrister le vieillard et agacer le peuple ? Le bâton, les verges, tout cela est déja loin, déjà passé. Passé, non. Tout cela a seulement changé de forme. Dans tous les temps, il y a eu des choses que nous nous rappelons non seulement avec horreur, mais avec indignation. Nous lisons les descriptions des bûchers pour les hérétiques, des tortures, des bâtons, des passages aux baguettes, et non seulement nous avons horreur de la cruauté des hommes, mais nous ne pouvons même nous représenter l’état d’âme des hommes qui faisaient cela. Qu’y avait-il dans l’âme de l’homme qui se levait du lit, se lavait, se revêtait de son costume de boyard, priait Dieu, puis allait à la chambre de la question, pour désarticuler, fouetter du knout les femmes et les vieillards et passait à cette occupation cinq heures par jour comme un fonctionnaire actuel au Sénat,