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jeunes soldats jusqu’à la mort : on frappait à coups de crosse ou de poing dans la poitrine ou à la tête, le soldat mourait, et jamais aucune réprimande.

Il mourait parce qu’il avait été battu et les autorités écrivaient : « est mort par la volonté de Dieu » et c’était tout. Mais alors, est-ce que je comprenais cela ? On ne songe qu’à soi, et maintenant on se met sur le poêle, on ne dort pas la nuit et l’on pense : ce sera bien si l’on te donne la communion chrétienne et le pardon — autrement c’est terrible ! Quand on se rappelle tout ce qu’on a fait souffrir, à quoi bon l’enfer, c’est pire que l’enfer…

Je me représentais vivement tout ce que devait se rappeler dans sa solitaire vieillesse cet homme mourant, et, bien qu’il me fût étranger, j’en étais terrifié. Je me rappelais toutes les horreurs, outre le bâton, auxquelles il avait dû participer. Je me rappelais comment on faisait passer les soldats aux baguettes, jusqu’à ce que mort s’en suive, les assassinats, les pillages des villes et des villages à la guerre (le vieillard avait participé à la campagne de Pologne), et je le priai de me parler de tout cela ; je lui demandai de me donner des détails sur la punition des baguettes, et il me raconta toute cette terrible torture. L’homme a chaque main liée à un fusil, et on le pousse entre deux files de soldats ; ceux-ci tiennent un bâton à la