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couvert de sang. Non, c’est plus près de moi… moi !…

Ici, il se rappelait qu’il devait douze roubles à Mikhaïlov, il se souvint encore d’une dette à Pétersbourg qu’il devait payer depuis longtemps.

Un motif de chanson tzigane qu’il avait chantée le soir lui venait en tête. La femme qu’il aimait parut à son imagination, coiffée d’un bonnet à rubans lilas. Il se souvint d’un homme qui l’avait offensé cinq ans avant et dont il ne s’était pas encore vengé. Et en même temps, inséparable de toutes ces pensées et de milliers d’autres souvenirs, le sentiment du présent, l’attente de la mort ne le quittait pas d’un moment. « Mais elle n’éclatera peut-être pas, » pensait-il, et terriblement résolu, il voulait ouvrir les yeux. Mais juste à ce moment, à travers ses paupières closes, le feu rouge frappa sa vue, Avec un éclat terrible quelque chose le poussait au milieu de la poitrine. Il courut quelque part, s’empêtra dans son sabre et tomba sur le côté.

« Grâce à Dieu, je ne suis que touché ! » fut sa première pensée, et il voulut porter ses mains à sa poitrine, mais ses mains semblaient être attachées, un étau quelconque serrait sa tête. Des soldats passaient devant ses yeux et inconsciemment il comptait : « Un, deux, trois soldats, et un officier » pensait-il. Après, la foudre brilla à ses yeux et il se demanda comment on avait