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tant d’elle tout ce qu’elle peut donner. Je voyais cela parce que, s’ils lui avaient donné cette signification qui détruit la peur des privations, des souffrances et de la mort, ils n’auraient pas eu précisément cette peur. Tandis que ces croyants de notre monde, comme moi, vivaient dans une aisance, une abondance, qu’ils tâchaient d’augmenter ou de conserver, avaient peur des privations, des souffrances, de la mort, et comme moi, comme tous les incrédules, vivaient en satisfaisant la chair, vivaient aussi mal sinon pire que les incrédules.

Aucun raisonnement ne pouvait me convaincre de la véracité de leur foi. Seuls auraient pu me convaincre des actes me montrant que leur sens de la vie était tel qu’ils ne redoutassent ni la maladie ni la mort si terribles pour moi. Mais de pareils actes, je n’en voyais pas parmi ces divers croyants de notre monde. Au contraire, il m’arrivait d’en rencontrer de pareils émanant d’hommes incrédules de ma classe, mais jamais de ceux qu’on tenait pour croyants.

Je compris que la foi de ces gens n’était pas celle que je cherchais, que leur foi n’était pas la foi mais une des consolations épicuriennes de la vie. Je compris que cette foi était bonne peut-être, sinon comme consolation, du moins comme distraction, pour un Salomon, se repentant sur son lit de mort, mais qu’elle ne vaudrait rien pour la