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Et pour répondre à cette question j’étudiais la vie.

Évidemment, les solutions de toutes les questions possibles de la vie ne pouvaient pas me satisfaire, parce que ma question, quelque simple qu’elle paraisse de prime abord, exige l’explication de l’infini par le fini et inversement.

Je demandais : Quel est le sens de ma vie en dehors du temps, des causes, de l’espace ? Tandis que je répondais à la question : Quel est le sens de ma vie en tenant compte du temps, des causes, et de l’espace ? Le résultat, c’est qu’après un long travail de la pensée, je répondais : néant.

Dans mes raisonnements, j’associais toujours, et ne pouvais l’éviter, le fini au fini, et l’infini à l’infini. C’est pourquoi le résultat était fatalement celui-ci : la force est la force, la substance est la substance, la volonté est la volonté, l’infini est l’infini, le néant est le néant ; et il n’en pouvait résulter rien d’autre.

C’était quelque chose d’analogue à ce qui arrive en mathématiques, lorsque, croyant résoudre une équation, on résout une identité. La marche de la pensée est exacte, mais le résultat se formule par : A = A, ou X = X, ou 0 = 0. En raisonnant sur la question du sens de ma vie, j’arrivais à des conclusions identiques. Les réponses que toutes les sciences donnent à cette question ne sont que des identités.