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rière le buisson pour entendre le paysan vociférer et appeler le diable.

Le paysan était triste : « Bah ! fit-il à la fin, je ne mourrai pas de faim ; évidemment, il était nécessaire à celui qui l’a emporté, qu’il mange. À sa santé ! »

Le paysan alla au puits, but de l’eau, se reposa, rejoignit le cheval, l’attela de nouveau et se remit à travailler. Le diablotin était furieux de ne pas avoir conduit au péché le paysan. Et il alla raconter cela à son grand chef. Il vient chez son chef et lui raconte qu’il a dérobé le pain du paysan, et que celui-ci, au lieu de jurer a dit : À sa santé !

Le grand chef se fâcha :

— Si, dans ce cas, le paysan t’a vaincu, toi seul en es coupable, tu n’as pas su t’y prendre, dit-il. Si les paysans et après eux les femmes, prennent une telle habitude, nous n’aurons plus de quoi vivre. Retourne chez le paysan et mérite ce pain. Si d’ici trois ans tu ne triomphes pas du paysan, je te plongerai dans l’eau bénite.

Le diablotin eut peur. Il accourut sur la terre, et se mit à songer au moyen de racheter sa faute. Il pense, pense et trouve. Le diablotin se déguisa en brave homme et alla se présenter comme ouvrier chez le pauvre paysan. Il apprit au paysan qu’il fallait, par un été sec, semer le blé dans le marais. Le paysan écouta son ouvrier et ensemença le marais.