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disait : « Offre-nous autre chose, ou travaille, ou bien : Prends pour l’amour du Christ. »

Et le vieux diable n’avait à offrir que de l’argent. Travailler il ne le voulait ; accepter au nom du Christ lui était impossible.

Le vieux diable se fâcha.

— Que voulez-vous encore puisque je vous donne de l’argent ? Avec de l’argent vous achèterez ce que vous voudrez et ferez travailler qui bon vous semblera.

Les imbéciles ne veulent rien savoir :

— Non, non, disent-ils, ce n’est pas la peine ; nous ne payons rien à personne, et nous n’avons point d’impôts. Alors, à quoi bon l’argent ?

Le vieux diable se coucha sans souper. Ivan l’Imbécile fut mis au courant de ce qui se passait. Quelqu’un vint lui demander :

— Que faut-il faire ? Il est apparu chez nous un monsieur bien mis, qui aime la bonne chère et s’habille proprement. Il ne veut ni travailler, ni demander au nom du Christ. Il ne fait qu’offrir des pièces d’or à tout le monde. Au commencement, pour avoir des pièces, on lui donnait de tout, mais maintenant que nous en avons assez, on ne lui donne rien. Que faire pour lui, pour qu’il ne meure pas de faim ?

— Eh bien ! répondit Ivan, il faut lui donner à manger. Qu’il aille de porte en porte comme un mendiant.