Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/276

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Mais Stépanitch se signa, remercia, repoussa le verre et se leva.

— Je te remercie, Martin Avdieitch, de m’avoir reçu de la sorte, dit-il, et de m’avoir satisfait l’âme et le corps.

— À ton service. À une autre fois. Je suis toujours content qu’on vienne me voir, dit Avdieitch.

Stépanitch partit. Martin se versa ce qui restait de thé, le but, enleva la vaisselle, puis vint se rasseoir près de la fenêtre, et reprit un talon.

Il coud, et, tout en cousant, il regarde par la fenêtre et attend le Christ. Il ne fait que penser à Lui et à ses actes ; et dans sa tête sont toujours les diverses paroles du Christ.

Deux soldats passèrent ; l’un dans des bottes d’ordonnance, l’autre dans des bottes à lui ; puis un monsieur en galoches vernies, puis un boulanger avec sa corbeille. Enfin, devant la fenêtre passa une femme en bas de laine, en souliers de paysanne. Elle dépassa la fenêtre et s’arrêta tout contre le mur. Avdieitch se pencha pour regarder. Il vit, appuyée au muret tournant le dos au vent, une femme étrangère, pauvrement vêtue, avec un enfant dans les bras. Elle essayait d’abriter son nourrisson, mais en vain, car elle n’avait rien pour l’envelopper. Cette femme portait de sordides vêtements d’été.

À travers la fenêtre, Avdieitch entendit l’enfant crier et sa mère le consoler, mais sans y parvenir.