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petites filles. On dirait qu’elles viennent de notre côté. L’une des petites est boiteuse.

À ces mots, Michel laisse son ouvrage, se tourne vers la fenêtre et regarde au dehors.

Simon s’étonne. Jamais Michel n’a regardé au dehors et le voilà collé à la vitre, et il examine quelque chose. Simon regarde à son tour par la fenêtre. Il voit en effet une femme, proprement mise, qui conduit deux fillettes, enveloppées de petites pelisses, des fichus de laine sur la tête, et se dirigeant vers sa demeure. Les enfants se ressemblent : impossible de les distinguer l’une de l’autre, mais l’une boite de la jambe gauche.

La femme s’arrête à la porte, lève le loquet et entre dans l’izba, en poussant les enfants devant elle.

— Bonjour, la compagnie.

— Soyez la bienvenue, que désirez-vous ?

La femme s’assied près de la table, les fillettes se serrent contre elle timidement ; les hommes leur font peur.

— Il me faut des souliers pour mes petites, pour le printemps.

— Bah ! c’est facile. Nous n’avons jamais fait rien d’aussi petit, mais on peut le faire ; nous essayerons. Les voulez-vous à rebords ou doublés de toile ? Michel, mon ouvrier, est très habile.

Simon se retourne et voit que Michel dévore des yeux les petites filles. Simon s’étonne. Il est vrai