Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/79

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


capable d’en faire un pareil. Ce n’est pas qu’il le crût supérieur aux toiles de Raphaël, mais il était sûr d’y avoir mis tout ce qu’il voulait mettre, et défiait les autres d’en faire autant. Cependant, malgré cette conviction qui datait du jour où il avait commencé cette œuvre, il attachait une très grande importance au jugement du public dont il était ému jusqu’au fond de l’âme. La moindre observation lui montrant que le critique comprenait une petite partie de ce qu’il avait mis dans son tableau, lui causait une réelle émotion. Il attribuait à ces critiques une profondeur de vues qu’il ne possédait pas lui-même, et il s’attendait à leur voir découvrir dans son tableau quelques côtés neufs que lui-même n’y avait pas remarqués. Or, souvent, il lui semblait en trouver dans les opinions du public.

Tandis qu’il s’approchait à grands pas de son atelier, il fut, malgré son émotion, frappé de l’apparition d’Anna, doucement éclairée, debout dans l’ombre du portail, causant avec Golinitchev qui lui-même parlait avec animation, et en même temps s’efforcait d’examiner le peintre qui s’approchait. Celui-ci, sans même en avoir conscience, tout en s’approchant, se logea dans la tête cette impression, pour s’en servir un jour comme du menton de son marchand de cigares.

Les visiteurs, déjà désenchantés sur le compte de l’artiste par les récits de Golinitchev, le furent encore davantage par son extérieur. De taille