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peignit des études d’après nature, et s’occupa de la peinture italienne du moyen âge. Cette époque lui inspira même un si vif intérêt qu’il finit par porter des chapeaux moyen âge et par se draper dans un plaid, ce qui du reste lui allait très bien.

— Nous vivons ici et nous ne savons rien, dit un matin Vronskï à Golinitchev qui entrait chez lui. As-tu vu le tableau de Mikhaïlov ?

Et il lui tendit le journal russe qu’il venait de recevoir, en lui désignant l’article sur ce peintre russe qui vivait dans la même ville et venait d’achever un tableau dont on parlait depuis longtemps et qui était acheté d’avance.

L’article blâmait le gouvernement et l’Académie d’abandonner cet artiste sans secours et sans encouragements.

— Je le connais, répondit Golinitchev. Il ne manque certainement pas de talent, mais il fait fausse route. Ce sont toujours ces conceptions du Christ et de la vie religieuse à la façon d’Ivanov, de Strauss, de Renan.

— Quel est le sujet du tableau ? demanda Anna.

— Le Christ devant Pilate. Le Christ est un juif, dans tout le réalisme de la nouvelle école.

Cette question touchant un de ses sujets favoris, Golinitchev poursuivit :

— Je ne comprends pas comment ils peuvent se tromper aussi grossièrement. Le type du Christ a été défini dans l’art par les maîtres anciens. Et