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VIII

Anna, dans cette première période de délivrance morale et de retour à la santé, se sentait impardonnablement heureuse et pleine de la joie de vivre. Le souvenir du mal qu’elle avait fait à son mari ne troublait pas même son bonheur. Ce souvenir, d’une part, était trop terrible pour qu’elle osât y penser, et d’autre part, le malheur de son mari lui valait un trop grand bonheur pour qu’il lui fût possible d’en avoir du remords.

Le souvenir de tout ce qui s’était passé après sa maladie : sa réconciliation avec son mari, la rupture, la blessure de Vronskï, son retour, les préparatifs du divorce, le départ de la maison de son mari, les adieux à son fils, tout cela lui paraissait un cauchemar maladif dont son voyage à l’étranger, seule avec Vronskï, l’avait délivrée.

Le souvenir du mal qu’elle avait fait à son mari