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rale. Anna s’acquittait de cette tâche avec son tact habituel et même avec plaisir, comme le remarquait Daria Alexandrovna.

D’abord il fut question de la promenade en bateau que firent seuls Veslovski et Touchkevitch, puis celui-ci se mit à raconter les dernières courses du Yacht Club de Pétersbourg. Anna, saisissant une interruption dans la conversation, en profita pour s’adresser à l’architecte afin de le tirer de son mutisme.

— Nicolas Ivanovitch, dit-elle parlant de Sviajski, a été frappé des progrès de la construction depuis sa dernière visite. Et moi-même, qui vais là chaque jour, je m’étonne de la rapidité du travail.

— Avec Son Excellence le travail est agréable, dit l’architecte avec un sourire (c’était un homme ayant conscience de sa dignité, respectueux et calme). Ce n’est pas comme avec les autorités provinciales. Là où il faudrait écrire des centaines de pages, je fais mon rapport au comte, nous causons, et en trois mots l’affaire est entendue.

— La méthode américaine, dit Sviajski en souriant.

— Oui, là-bas on bâtit d’une façon rationnelle.

La conversation tomba sur l’abus des pouvoirs aux États-Unis ; mais Anna, aussitôt l’amena sur un autre sujet afin que l’intendant pût y prendre part.

— As-tu déjà vu des moissonneuses ? demanda-