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jeûner au Laffitte, mais est-ce que précisément ce luxe ne te révolte pas ? Tous ces gens, comme jadis les fermiers généraux, s’enrichissent par des moyens méprisables ; ils se moquent du mépris public, sachant que leur argent bien que mal acquis les réhabilitera.

— C’est bien vrai ! s’écria Veslovski. Oblonskï accepte leurs invitations par bonhomie, et les autres disent : Mais puisqu’Oblonskï vient chasser…

— Pas du tout — Lévine sentit qu’Oblonskï souriait en prononçant ces mots — si je vais chez eux c’est que je ne les trouve pas plus malhonnêtes que n’importe quels riches marchands et gentilshommes. Les uns et les autres ont acquis également leur fortune par le travail et l’intelligence.

— Oui, mais par quel travail ? Est-ce un travail de se procurer une concession pour la revendre ?

— Sans doute, en ce sens que si personne ne prenait cette peine, nous n’aurions pas de chemins de fer.

— Peux-tu comparer ce travail à celui d’un paysan ou d’un savant ?

— Non, mais il n’en a pas moins un résultat — les chemins de fer. Il est vrai que tu les trouves inutiles.

— Ceci est une autre question. Je suis prêt à admettre leur utilité ; mais toute rémunération disproportionnée au travail est malhonnête.

— Et qui sera chargé d’évaluer le travail ?