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malheur de la vie entière, la honte, l’infidélité !… »

Le désespoir dans le cœur et plein de haine envers tous les hommes et envers lui-même, il sortit de l’hôtel et courut chez Kitty. Il la trouva dans une chambre reculée.

Elle était assise sur un coffre et donnait des ordres à sa femme de chambre, en faisant un choix parmi toutes sortes de robes claires étalées sur le dos des chaises et sur le parquet.

— Ah ! s’écria-t-elle, toute rayonnante de joie, en l’apercevant. C’est toi, c’est vous ! (Jusqu’à ce jour, elle lui disait tantôt toi, tantôt vous.) Je ne comptais pas vous voir… Vous voyez, je distribue mes robes de jeune fille…

— Ah ! c’est très bien ! fit-il en jetant un regard sombre sur la femme de chambre.

— Va-t’en, Douniacha, je t’appellerai ! dit Kitty.

— Qu’as-tu ? demanda-t-elle, en le tutoyant résolument, dès que fut sortie la femme de chambre.

Elle avait remarqué son visage bouleversé et se sentait prise de peur.

— Kitty ! Je souffre ! Je ne puis souffrir seul, dit-il, le désespoir dans la voix, en s’arrêtant devant elle et fixant sur elle un regard suppliant.

Il voyait bien à son visage aimant et sincère que ses craintes étaient vaines ; cependant, il avait besoin de le lui entendre dire.

— Je suis venu te dire qu’il n’est pas encore trop tard… que tout peut encore être réparé…