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auparavant ; cependant à l’heure actuelle ces paroles lui étaient douces.

— Je suis faible, anéanti, je n’ai rien prévu et maintenant je ne comprends plus rien !

— Mon ami ! répéta Lydie Ivanovna.

— Ce n’est pas la perte que je fais, non certes ! continua Alexis Alexandrovitch ; je ne regrette rien ; mais je ne puis me défendre d’un sentiment de honte pour la situation qui m’est faite. C’est mal, mais je n’y puis rien, rien…

— Ce n’est pas vous qui avez accompli ce grand acte de pardon que tout le monde admire, moi la première, c’est Lui, vivant dans votre cœur, aussi n’avez-vous pas à en rougir, dit la comtesse Lydie Ivanovna en levant des yeux pleins d’enthousiasme.

Alexis Alexandrovitch fronça les sourcils, et joignant les mains se mit à faire craquer ses doigts.

— Si vous saviez tous les détails ! dit-il de sa voix perçante. Les forces de l’homme ont des limites, comtesse, et j’ai atteint la limite des miennes. Toute la journée d’aujourd’hui s’est passée en arrangements domestiques résultant (il appuya sur le mot) de ma nouvelle situation solitaire ; les domestiques, la gouvernante, les comptes… tout cela me brûle à petit feu ; je n’ai pas la force de le supporter. Hier, pendant le dîner, j’ai failli n’y pas tenir… Je ne pouvais supporter