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Tous deux coururent près du malade. Il était assis appuyé sur son bras, son long dos ployé et la tête baissée.

— Qu’éprouves-tu ? lui demanda doucement Lévine après un silence.

— Je sens que je m’en vais, dit Nicolas avec effort, tirant à grand’peine les sons de sa poitrine mais prononçant nettement ces paroles. Sans relever la tête, il tourna les yeux du côté de son frère dont il ne pouvait voir le visage. — Katia, va-t’en, prononça-t-il encore.

Lévine se leva et lui murmura impérieusement de sortir.

— Je m’en vais, répéta le malade.

— Pourquoi penses-tu cela ? demanda Lévine pour dire quelque chose.

— Parce que je m’en vais, répéta-t-il encore comme s’il aimait cette expression. — C’est fini ! Marie Nikolaïevna s’approcha de lui.

— Vous feriez mieux de vous coucher, dit-elle.

— Bientôt je serai couché… mort, dit-il avec une espèce de colère ironique. — Eh bien, couchez-moi si vous voulez.

Lévine remit son frère sur le dos, s’assit près de lui et sans bouger examina son visage. Le mourant était allongé les yeux fermés, mais les muscles de son front s’agitaient de temps en temps comme chez un homme dont l’esprit est tendu par des réflexions profondes. Involontairement Lévine