Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/75

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


conque a enseigné devrait remarquer qu’on peut assembler aussi différemment b, r, a, qu’additionner 3, 4 et 8. Un élève dira : 3 et 4 = 7, + 3 = 10 et il reste encore 5 ; de même pour lire : a ou az, r ou ra, il reste b et ensemble bra. Pour un autre élève 8 et 3 = 11, ajouté 4 = 15, et de même il aura sa façon d’assembler les lettres. Il faut n’avoir jamais enseigné et ne pas connaître ni les hommes ni les enfants pour penser que, puisque la syllabe bra n’est que l’union de b, r, a, chaque enfant ne doit qu’apprendre b, r, a, et qu’il composera toujours ainsi. C’est une erreur. Vous lui dites : Voici b, r, a, que font-ils ? Il répond ra, et il a raison, son oreille est ainsi faite. Un autre répond a, un troisième br, etc. Vous lui dites : les voyelles sont a, e, i, o, u, et pour lui les lettres sonores sont r, l, et il ne saisit pas les sons que vous voulez lui faire entendre.

Mais c’est peu. Un professeur de séminaire allemand, instruit d’après les meilleures méthodes, enseigne lui-même selon le système Fish-book. Calme, assuré, il s’assied en classe, les instruments sont prêts : des petites planches avec les lettres, des tableaux avec des planchettes, un livre avec l’image d’un poisson, Fisch. Le maître regarde ses élèves, il sait déjà tout ce qu’ils doivent comprendre ; il sait en quoi consiste leur âme et plusieurs autres choses qu’il a apprises au séminaire.

Il ouvre le livre et montre le poisson. — « Mes chers