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enseignant l’alphabet par l’ancienne méthode, force son élève à regarder l’image du mot Dieu, par exemple, et, en même temps, il prononce Dieu, et, par ce procédé, l’élève apprend le livre entier, et la décomposition des syllabes et des mots s’ancre très facilement en lui. Voilà toutes les nouvelles méthodes et encore des centaines d’autres procédés que possède inconsciemment tout vieil instituteur intelligent pour expliquer à son élève le mécanisme de la lecture, tout en lui laissant la liberté d’y arriver par la méthode que l’élève trouvera plus commode. Outre qu’avec la vieille méthode bouki-az-ba je connais des centaines de cas où l’élève apprit très rapidement à lire et à écrire, et que par la nouvelle je connais des centaines de cas où, au contraire, l’élève apprit lentement, j’affirme que la vieille méthode a toujours un avantage sur la nouvelle parce qu’elle contient toutes les nouvelles méthodes, bien qu’inconsciemment, tandis que la nouvelle méthode exclut toutes les anciennes ; et il y a encore cet avantage que la vieille méthode est libre tandis que la nouvelle est imposée. Comment libre, me dira-t-on, quand, avec la vieille méthode, il faut faire apprendre les syllabes avec le fouet, et qu’avec la nouvelle on dit « vous » aux enfants, en ne leur demandant que de comprendre ? La violence la plus nuisible et la plus pernicieuse pour l’enfant consiste précisément à lui demander de comprendre juste comme comprend le maître. Qui-