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Et le père répondit : « Nous travaillerons, voilà un paysan qui grandit, » et il me désigna.

Alors le père pria Dieu, mangea du pain, s’habilla et dit à la mère : « Si tu as des œufs frais, fais-les cuire dans la cendre pour le dîner » Et il sortit.

De longtemps le père ne revenait pas. Je demandai à ma mère la permission d’aller le chercher ; elle ne voulut pas.

Je voulus m’en aller, mais ma mère m’en empêcha et me battit. Je m’assis sur le poêle et me mis à pleurer.

Le père entra dans l’isba et dit : « Pourquoi pleures-tu ? » Je dis : « Je voulais courir après toi, mais la mère n’a pas voulu et encore m’a battu. » Et je me mis à pleurer de plus belle. Le père rit, s’approcha de ma mère et se mit à faire semblant de la battre et dit : «Ne bats pas Fedka ! ne bats pas Fedka ! » Ma mère feignit de pleurer.

Le père rit et dit : « Voilà, toi et Fedka, vous avez les larmes faciles, tout de suite à pleurer ! » Ensuite le père s’assit devant la table, me plaça près de lui et dit : « Eh bien ! La mère, maintenant donne-nous à dîner, moi et Fedka, nous voulons manger, nous avons faim. »

La mère nous donna du gruau et des œufs, et nous nous mîmes à manger. Et la mère dit : « Eh bien ! Et la charpente ? » Le père répondit : « Je l’ai achetée, pour quatre-vingts roubles, en bois de tilleul, blanc comme un verre. Voilà, dans quelques jours nous achèterons du vin aux paysans, et un dimanche ils l’apporteront. »

Depuis nous vécûmes très heureux.