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qui, selon lui, étaient au-dessous de lui, était-ce orgueil, ou dépit que sous ce seul rapport d’autres fussent avant lui, s’était-il montré une fois à son maître sous un mauvais jour, et sa petite âme était-elle offensée par une parole quelconque échappée à son maître, ou tout cela ensemble, Dieu seul le sait, mais, cette gêne, si elle n’a en soi rien de sympathique, était sûrement liée à ce qu’il y a de meilleur dans son âme d’enfant. Chasser tout cela par un bâton physique ou moral, c’est possible, mais on risque de chasser en même temps des qualités précieuses sans lesquelles le maître aura de la peine à mener l’enfant en avant.

Le nouveau maître suivit mon conseil : il permit aux élèves de quitter les bancs, d’aller où ils voulaient, même sur son dos, et à cette leçon tous commencèrent à réciter incomparablement mieux. Le maître écrivit dans son journal que même « l’obstiné Savine avait prononcé quelques mots. »

Il y a dans l’école quelque chose d’indéfinissable, qui échappe presque à la direction du maître, quelque chose de tout à fait inconnu à la science pédagogique et qui, en même temps, fait le succès des études. C’est l’esprit de l’école. Cet esprit est soumis à certaines lois et à l’influence négative du maître, c’est-à-dire que le maître doit éviter plusieurs erreurs pour ne pas détruire cet esprit… L’esprit de l’école, par exemple, se trouve toujours en rapport inverse de la contrainte et de l’ordre de l’école, en