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— « Comment cela ; il est tombé de la montagne et ne s’est pas fracassé ? » me demanda-t-il.

— « Mais, selon eux, c’était un dieu », répondis-je.

— « Comment, un dieu ? Il y en a beaucoup ? Alors ce n’est pas un Dieu. C’est facile à dire qu’il est tombé d’une montagne pareille ; mais il a dû s’écraser », me démentait-il en agitant les bras. J’essayai Gribouille, de George Sand ; Les Lectures populaires, Les Lectures du Soldat ; rien ne réussissait. Nous avons essayé de tout ce que nous avons trouvé, de tout ce qu’on nous a envoyé, et nous essayons encore, mais avec peu d’espoir. On attend à l’école, on ouvre le livre soi-disant populaire que vient d’apporter la poste : — « Petit oncle, donne-le-moi pour lire ! » crient plusieurs voix, tandis que se tendent les mains. — « Mais qu’on puisse comprendre ! » On ouvre le livre et on lit : « La vie du grand saint Alexis nous donne l’exemple de la foi ardente, de l’activité infatigable et de l’amour ardent de sa patrie, à qui ce saint homme a rendu des services importants » ; ou : « Depuis longtemps, on remarque, en Russie, l’apparition assez fréquente d’autodidactes de talent, mais ce phénomène n’est pas expliqué de même par tous » ; ou : « Trois cents ans sont déjà écoulés depuis que la Bohème dépend de l’empire allemand » ; ou : « Le bourg Kalatchalov écarté sur la montagne est situé dans une des provinces les plus fertiles de la Russie » : ou : « La route s’étendait au loin »,