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livre et nous nous mîmes en tête d’inventer un moyen de lecture mécanique.

Cette idée simple — que le temps de la bonne lecture mécanique n’est pas encore venu, qu’elle ne s’impose pas maintenant, que les élèves eux-mêmes trouveront le meilleur moyen quand le besoin s’en fera sentir — cette idée ne m’est venue que récemment. Pendant la recherche de cette idée, l’opinion suivante s’est formée spontanément : pendant la classe de lecture, divisée artificiellement en lecture expressive et lecture mécanique, les plus mauvais élèves prennent un livre à deux (soit des contes de fées, soit l’évangile, un recueil de chansons, parfois une livraison des Lectures populaires), et ils lisent ensemble, pour le procédé seul de la lecture ; quand ce qu’ils lisent exige de la compréhension, ils imposent au maître de les écouter, bien que la classe s’appelle la lecture mécanique. Ou bien, mais c’est en général les mauvais élèves, ils prennent plusieurs fois le même livre, l’ouvrent à la même page, lisent le même conte et l’apprennent par cœur ; non seulement on ne le leur a pas ordonné, mais même le maître le leur a défendu. Parfois ces mauvais élèves viennent trouver le maître ou un élève de la classe supérieure et lui demandent de lire avec eux. Ceux de la seconde classe qui lisent le mieux aiment moins lire en compagnie et lisent plus rarement pour le procédé de la lecture ; s’ils apprennent par cœur, ce sont des vers et non des contes en