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le visage échauffé, inquiet. — « Pourquoi restes-tu ici ?» fait-il méchamment à celui que retient le maître et qui, indécis, rentre ses cheveux sous son bonnet. — « Nos camarades sont déjà près de la forge. » — « Ils sont partis ? » — « Oui. » Et tous deux s’enfuient en criant à travers la porte : — « Au revoir, Ivan Ivanitch ! » Et quels sont ceux qui ont décidé de partir à la maison, comment l’ont-ils décidé ? Dieu le sait. Qui, précisément, a pris cette décision, vous ne le trouverez jamais. Ils ne se sont point entendus, n’ont point comploté, mais tout simplement ils ont pensé à aller à la maison. « Les camarades s’en vont ! » et les pieds frappent sur les marches, on dégringole l’escalier, d’autres, en sautillant, se jettent de la neige, se dépassent mutuellement sur le sentier étroit et tous courent à la maison. Cela se produit une ou deux fois par semaine. C’est blessant et désagréable pour le maître, tout le monde en conviendra.

Mais qui ne conviendra pas aussi que, grâce à un seul cas pareil à celui-là, les cinq, six et parfois sept heures de classe par jour que les élèves acceptent librement, augmentent d’importance ? Ce n’est qu’avec la répétition de pareils faits qu’on pourra être sûr que l’enseignement, bien qu’insuffisant, n’est ni nuisible, ni tout à fait mauvais. Si l’on posait ainsi la question : Qu’est-ce qui vaut le mieux : qu’il n’y ait pas dans toute l’année un seul cas semblable ou que le fait se répète pour la moitié des