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cette règle s’est toujours confirmée. Au commencement il n’y avait point de division en classes, en matières d’enseignement, en récréations : tout se confondait, et toutes les tentatives en vue d’établir une règle restaient vaines. Et maintenant, dans la première classe, il y a des élèves qui demandent eux-mêmes à suivre le règlement, qui sont mécontents quand on les arrache à la leçon et chassent les petits qui courent près d’eux. Selon moi, ce désordre extérieur est utile et rien ne peut le remplacer, si étrange et incommode qu’il soit pour le maître. J’aurai souvent à revenir sur les avantages de cette organisation. Quant aux désavantages fictifs, voici ce que j’en dirai :

1o Ce désordre, ou mieux cet ordre libre, ne nous paraît terrible que parce que nous sommes habitués à un tout autre ordre dans lequel nous-mêmes avons été élevés ;

2o Dans ce cas, comme dans plusieurs analogues, la force n’est employée que par impatience et irrespect de la nature humaine. Il nous semble que le désordre grandit de plus en plus et n’a plus de limite, qu’il n’y a pas d’autre moyen de l’arrêter que l’emploi de la force, tandis qu’il suffit d’un peu de patience pour que le désordre (ou l’animation) se calme spontanément et se transforme en un ordre beaucoup meilleur et plus solide que celui qu’on impose. Les écoliers sont des hommes, bien que très petits, mais des hommes qui ont les