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Quand il fait froid, en attendant les maîtres, les élèves lisent ; ou écrivent, ou s’amusent. Les fillettes ne se mêlent pas aux garçons. Quand les garçons veulent jouer avec les filles ils ne s’adressent jamais à une seule d’entre elles, toujours à toutes ensemble : « Hé ! les filles ! pourquoi ne patinez-vous pas ? » ou « Hé ! les filles ! êtes-vous gelées ? » ou « Hé bien les filles, allez toutes contre moi seul ! » Seule une fillette de dix ans, très capable, se détache du groupe des filles. Et c’est elle seule que les garçons traitent en égale, toutefois avec une nuance de politesse, d’indulgence et de réserve.

Supposons que d’après l’emploi du temps, la plus petite classe ait la lecture mécanique, la classe moyenne, la lecture expressive, et la troisième, l’arithmétique. Le maître entre dans la salle : des enfants sont couchés à terre et crient : « Le tas est petit ! » ou « On m’écrase ! » ou « Assez ! Assez ! » etc. « Piotr Mikhaïlovitch ! crie-t-on du centre de ce tas au maître qui entre, dis-leur de cesser ! » « Bonjour, Piotr Mikhaïlovitch ! » crient les autres continuant leur vacarme.

Le maître prend des livres, les distribue à ceux qui s’approchent de lui. Ceux qui sont couchés sur le sol et ceux qui sont par-dessus réclament aussi le livre. Le tas diminue peu à peu. Dès que la plupart ont les livres, tous les autres courent vers l’armoire et crient : « Et à moi ! Et à moi ! Donne-moi celui d’hier ! À moi celui de Kolt-