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qu’acquièrent les élèves. Je vois au contraire que les louanges peuvent être faites par des gens qui ne sont pas du tout instruits ;

4o En examinant enfin ce dernier but de l’instruction, je vois que si l’activité du maître est dirigée à égaler au sien le savoir de l’élève, alors son activité cesse dès que ce but est atteint. Et, en effet, en appliquant cette définition à la réalité, je vois que toutes les autres causes ne sont que des phénomènes extérieurs de la vie qui obscurcissent le but fondamental de chaque maître. Le but direct du maître d’arithmétique est de faire acquérir à l’élève la connaissance entière des lois mathématiques qu’il possède lui-même. Le but du maître de français, de chimie, de philosophie est le même, et aussitôt qu’il est atteint l’activité cesse. Partout et dans tous les siècles, le seul enseignement jugé bon fut celui où l’élève devenait l’égal du maître ; et plus il l’égale, mieux cela vaut ; moins il l’égale, pire c’est. Nous remarquons le même phénomène dans la littérature, ce moyen indirect d’instruction. Les seuls livres que nous considérions comme bons sont ceux où l’auteur transmet tout son savoir au lecteur, ou à ses élèves.

Ainsi, en observant le phénomène de l’instruction comme l’activité commune du maître et de l’élève, nous voyons que cette activité a pour base, dans l’un et l’autre cas, l’aspiration de l’homme à l’égalité du savoir.