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de connaître les conditions des écoles de toute une province, et pourtant il doit les diriger, et, en un certain délai, il doit présenter des bulletins qui seront aussi faux que ceux qu’on présente maintenant. Les écoles libres existeront comme toujours, sans ébruiter leur existence, et personne n’en saura rien, bien que le mouvement principal de l’instruction publique ait lieu dans ces écoles.

Tout cela n’est pas encore si mauvais et nuisible. Dans toutes les branches de l’administration russe, nous sommes habitués à la non concordance du règlement officiel et de la réalité. Pourquoi donc la même discordance n’existerait-elle pas dans l’œuvre de l’instruction publique ? se dit-on. Une grande partie de tout ce qui, dans le projet, est arriéré et inapplicable, sera mise de côté, mais une grande partie sera réalisée et portera des fruits. Le projet marquera du moins le commencement du système de l’instruction publique, et bonne ou mauvaise, grande ou petite, en Russie il y aura cependant une école au moins pour mille âmes.

Ce serait tout à fait juste si le gouvernement prenait entièrement sur lui l’établissement des écoles au point de vue administratif et financier, ou si cet établissement était laissé entièrement à la charge des communes. Or dans le projet présent, c’est la commune qu’on force à payer et c’est le gouvernement qui prend sur lui l’organisation des écoles. Il en résultera forcément un préjudice moral