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de liberté qu’autrefois ; mais pour nous, qui vivons dans la réalité russe, la chose se présente autrement. Les statuts de 1828 n’étaient que des statuts et jamais personne n’a songé à s’y conformer : tout le monde, aussi bien la société que le créateur de la loi, reconnaissait sa faillite, l’impossibilité de sa mise à exécution. Des milliers d’écoles existèrent et existent sans autorisation et pas un seul maître d’école ou directeur de lycée n’eut l’idée de faire fermer ces écoles, sous prétexte qu’elles ne répondaient pas aux articles de la loi de 1828.

Tacitu consensu, la société et les exécuteurs de la loi ont reconnu les statuts de 1828 comme inexistants et, en réalité, quand il s’agissait de l’ouverture des écoles, ils se guidaient, depuis un temps immémorial, sur le principe de l’entière liberté. Les statuts étaient tout à fait inappliqués. J’ai ouvert une école en 1849 et c’est seulement en mars 1862, à propos de l’apparition du projet, que j’ai appris que je n’avais pas le droit d’ouvrir d’école.

Parmi les milliers de maîtres et de fondateurs d’écoles, un seul à peine connaît l’existence des statuts de 1828. Ils ne sont connus que des fonctionnaires du ministère de l’Instruction publique. C’est pourquoi, il me semble que les articles 73, 74 et 75 du projet donnent seulement de nouveaux droits à la prohibition qui existait (soi-disant), et, quant à l’ordre existant, ils imposent seulement de nouvelles conditions restrictives et irréalisables.