Page:Tinayre - La Chanson du biniou, paru dans Le Monde illustré, 1890.djvu/55

Cette page a été validée par deux contributeurs.


XIV


La mère le Bihan se mourait d’inquiétude… Huit heures et demie venaient de sonner et Maria-Josèphe n’avait point paru à Carnac. Était-ce possible ?… Elle était partie vers midi, en même temps que M. Léris, l’un vers le Ménec, l’autre vers la plage… — La pauvre vieille ne se doutait guère que les deux promeneurs s’étaient rejoints après un détour. — Robert était rentré vers cinq heures, disant qu’il avait aperçu la jeune fille du côté du bois de pins… On avait servi le dîner. M. Léris avait mangé sans dire une parole et maintenant il partageait visiblement l’angoisse de la mère le Bihan. À huit heures et demie, celle-ci, les bras levés au ciel, avait déclaré que, bien sûr, sa petite-fille était tombée dans une ronde de Korrigans qui l’avaient emportée. Mais un Breton du Finistère, plus expert en ces sortes de choses, avait répondu que les Korrigans — c’est notoire — ne sortent jamais que par les soirs de lune. Alors la vieille avait émis l’idée que la Liévine qui passait pour chasser la fièvre en parlant au diable et en imposant les mains, avait, bien sûr, jeté un sort à sa chère enfant.