Page:Thackeray - Le Livre des snobs.djvu/36

Cette page n’a pas encore été corrigée


Quand lord Buckram eut pris ses grades littéraires, car l’Université, cette alma mater, est aussi entachée de Snobisme que tout autre, et s’agenouille devant les lords à la suite de la foule ; quand lord Buckram alla chercher dans les voyages le complément indispensable de toute bonne éducation, vous ne croiriez jamais de combien de dangers il fut alors assailli et combien de cotillons se mirent à lui courir sus. Lady Leach et ses filles le suivirent de Paris à Rome et de Rome à Bade, Miss Leggitt fondit en larmes sous ses yeux quand il lui signifia sa résolution de quitter Naples, et elle alla s’évanouir dans les bras de sa maman. Le capitaine Mac-Dragon de Mac-Dragonstown, du comté de Tipperary, alla le provoquer à s’expliquer sur ses intentions au sujet de sa sœur miss Amalia Mac-Dragon de Mac-Dragonstown, et lui déclara qu’il ne périrait que de sa main s’il n’épousait cette pure et belle jeune fille, qui, peu après, se laissa conduire à l’autel par M. Muff de Cheltenham. Si beaucoup de constance et quarante mille livres sterling en beaux écus sonnants avaient pu quelque chose sur lui, miss Lydia Crésus serait certainement maintenant lady Buckram. Le comte Torowski fut enchanté de la prendre à moitié prix, comme chacun sait dans le grand monde.

Le lecteur ne serait peut-être pas fâché de faire maintenant connaissance avec l’homme qui produisit de si cruels ravages dans le cœur de tant de femmes, et qui fut de la part de ses semblables l’objet de si prodigieuses adulations. Faire ici son portrait serait tomber dans les personnalités, et le Punch, comme chacun sait, ne se permet jamais de pareilles escapades. D’ailleurs, qu’importe en somme de savoir quelle espèce d’homme il est, quelles sont les qualités qui décorent sa personne ?

Figurez-vous à votre gré un jeune seigneur aux instincts littéraires, auteur de poésies dont la faiblesse ne le cède qu’au ridicule ; les Snobs se chargeront d’épuiser les éditions de son livre ; les libraires qui n’ont pas voulu de mes Chants de l’âme ni de mon grand poëme épique à quelque prix que ce fût, lui donneront pour ses œuvres ce qu’il