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feuillage. Coiffure de jeunes carottes entremêlées de feuilles de choux. »

Lady Snobky.

« Toilette de cour, composée d’un manteau cerise du plus riche foulard de l’Inde, élégamment constellé de paillettes, de perles grises et de rubans rouges ; le corsage et la jupe en velours bleu de ciel, ornés de bouillons et de nœuds de passementerie. Sur l’estomac, en guise de broche, un hanneton d’émail sur une pivoine d’or. Coiffure, un oiseau de paradis sur son nid et une tête de Méduse en ferronnière. Cette splendide toilette sort des ateliers de Mme Crinoline, de Regent-Street, et a fait l’objet de l’admiration universelle. »


Voilà ce que vous aimez à lire, mères, filles, tantes et grand’mères de l’Angleterre ! voilà de quelle littérature on farcit les journaux en votre faveur ! Attendez-vous à être mères et filles de Snobs aussi longtemps que l’on continuera à vous nourrir de semblables fadaises.

Vous enfermez les petits pieds roses d’une jeune Chinoise à la mode dans une pantoufle de la dimension d’une salière ; ces pauvres petits doigts restent ainsi en prison et à la torture jusqu’à ce qu’ils soient réduits à un état de dépérissement irrémédiable. N’espérez plus qu’ils arrivent à leur développement naturel, alors que vous donneriez à la patiente un baquet pour chaussure ; c’est pour la vie qu’elle est condamnée à avoir un pied microscopique et à être estropiée. Oh ! chère miss Wiggins, remerciez votre étoile de ce que vos jolis petits pieds, qui, je le déclare ici bien haut, sont si mignons que, lorsque vous marchez, on peut à peine les voir ; remerciez, dis-je, votre étoile de vous avoir placée dans une société où ils n’auront pas à subir un pareil traitement. Mais jetez les yeux autour de vous, et voyez de quelle manière, jusque dans les sphères les plus hautes, on comprime et l’on mutile, dès l’âge le plus tendre, la cervelle de bon nombre de nos amis, sans qu’il leur reste la moindre espérance de guérison.

Comment demander à ces infortunées créatures d’avoir