Page:Thackeray - Le Livre des snobs.djvu/134

Cette page n’a pas encore été corrigée


de bruit, pas de prétention. Ah ! c’est que, voyez-vous, ce qu’il me faut, à moi, avant tout, c’est le calme. Vous n’avez pas amené de domestique avec vous ; Stripes aura soin de votre garde-robe. »

Au même moment, ce digne serviteur, entrant dans la chambre, se mit à vider mon portemanteau et en sortit pièce à pièce l’habit et le pantalon de casimir noir, le gilet de velours broché, la fine cravate blanche, enfin tout ce dont se compose la grande tenue d’un homme du monde ; et, disons-le à sa louange, il s’acquitta de cette tâche avec autant de gravité que de promptitude.

« Il y a grand dîner ce soir, ici, pensai-je en moi-même en voyant la solennité des préparatifs ; au fond peut-être n’étais-je pas fâché qu’on eût convoqué l’élite de la société du voisinage pour avoir l’honneur de me contempler.

— Ah ! mon Dieu, voici le premier coup de cloche, je vous quitte, » me dit Ponto, et il partit en courant. Et en effet, un bruit clair et sonore, précurseur du dîner, se fit entendre du côté des communs, nous annonçant l’heureuse nouvelle que dans moins d’une demi-heure le dîner serait prêt. « Si le dîner est en rapport avec la cloche qui l’annonce, pensai-je en moi-même, cela promet, et la maison est bonne. « 

Pendant la demi-heure que j’avais devant moi, j’eus tout le temps de parachever ma toilette et d’y mettre le dernier degré de coquetterie dont elle était susceptible, puis d’admirer l’arbre généalogique des Pontos suspendu au-dessus de la cheminée, la devise et les armes peintes sur la cuvette, et le pot à eau, sans compter mille petites réflexions que je me pris à faire sur le bonheur de la vie des champs, sur l’affectueuse franchise, sur la cordiale sincérité des mœurs champêtres ; puis je me mis à soupirer après le temps où je pourrais, comme Ponto, m’enfuir loin des villes dans mes terres, y boire mon vin, y greffer mes arbres, y mener une douce existence entre une épouse chérie et une dizaine de chers gages d’une affection partagée, qui prendraient leurs ébats sur les genoux de leur père.