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CHAPITRE PREMIER.


Où l’on s’amuse et rit à l’endroit des Snobs.


On peut être Snob ou relativement ou positivement. Par Snobs positifs, j’entends ceux qui restent Snobs n’importe où ils se trouvent, qui ne cessent jamais de l’être du matin au soir, du berceau à la tombe, que la nature a faits Snobs par essence, tandis que d’autres ne font preuve de Snobisme que dans des cas particuliers ou en de certaines occurrences.

Comme exemple, je citerai un homme qui jadis commit devant moi une action aussi abominable que celle dont je viens de faire mon mea culpa au précédent chapitre, et par laquelle je me proposais de dégoûter de ma société le colonel Snobley ; je veux parler de l’usage que je fis de ma fourchette en guise de cure-dent. Cet homme donc étant à table avec moi au café de l’Europe, restaurant situé, comme chacun sait, en face du grand Opéra, et le seul où un gentleman qui se respecte puisse dîner à Naples, cet homme, dis-je, mangeait ses pois avec son couteau. Je m’étais tout d’abord épris de lui, après une rencontre dans le cratère du mont Vésuve ; nous avions été dévalisés de compagnie et mis à rançon par des brigands de la Calabre, ce qui n’a d’ailleurs aucun rapport avec le fait en question : j’avais pu, en ces circonstances, apprécier sa vive intelligence, la bonté de son cœur et la variété de ses connaissances, mais je ne l’avais point encore vu avec une assiette de pois devant lui ; et la manière dont il se comporta en leur présence me causa le plus violent chagrin.

Après un pareil acte de sa part, et cela dans un lieu public, il ne me restait qu’un parti à prendre, c’était de rompre nos rapports. Je chargeai un ami commun, l’honorable Polyathous, d’avertir ce gentleman, avec tous les mé-