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griffe. Ah ! comme leur poil était brillant quand les garçons d’écurie leur enlevaient la couverture ! comme ils s’élançaient avec ardeur sur la route ! comme leur queue était belle à voir frissonner, leurs flancs à voir fumer quand, au terme du relais, ils rentraient dans la cour d’auberge avec la dignité du devoir accompli ! Hélas ! nous n’entendrons plus les notes joyeuses et fausses du conducteur lorsque les portes s’ouvraient à minuit pour laisser passer sa voiture ? Mais où nous emporte en ce moment l’omnibus de Trafalgar ?

Puis… Mais, sans nous arrêter aux mille incidents de la route, nous irons tout droit à Crawley-la-Reine, pour savoir comment va s’y trouver miss Rebecca Sharp.


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CHAPITRE VIII.


Tout confidentiel.


MISS REBECCA SHARP À MISS AMÉLIA SEDLEY.

Service de la chambre des communes

« Russell-Square, à Londres,
« Très-chère et très-douce Amélia,

« C’est avec une joie mêlée de tristesse que je prends la plume pour écrire à l’amie de mon cœur. Quel changement d’hier à aujourd’hui ! Maintenant je suis seule, sans amie ; hier j’étais comme dans ma famille, je goûtais la tendre intimité d’une sœur que je chérirai toujours, oh ! oui, toujours !

« Je ne vous dirai point mes larmes, mon affliction dans cette fatale nuit passée loin de vous. Vous êtes allée mardi soir où vous appelaient la joie et le bonheur ; vous aviez près de vous votre mère, le jeune soldat qui vous est fiancé. J’ai pensé à vous toute la nuit, je vous voyais danser chez Perkins, la plus belle, je suis sûre, entre toutes les jeunes filles du bal. Le cocher m’a conduite dans la vieille voiture à la maison de ville