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fin, et, dans le cours d’une conversation délicate et confidentielle, aurait amené sur les lèvres timides du jeune homme le précieux aveu !

Voilà où en étaient les affaires lorsque la voiture traversa le pont de Westminster. La compagnie arriva sans autre encombre aux jardins royaux du Vauxhall. Lorsque le majestueux Joseph descendit du fringant équipage, la foule accueillit sa grosse personne avec un frémissement de gaieté. Il rougit et porta sur elle un regard fier et hautain en s’avançant avec Rebecca à son bras. George se chargea d’Amélia, qui était épanouie comme une rose aux rayons du soleil.

« Tiens, Dobbin, dit George, si tu veux prendre soin des châles et de toutes les affaires, tu seras un bon garçon. »

Et, pendant qu’il prenait pour lui miss Sedley, et que Joseph se dirigeait vers les jardins avec Rebecca, l’honnête Dobbin se résignait à prendre les châles sous son bras et à payer à la porte pour tout le monde.

Il marchait modestement à leur suite, sans songer à faire à ses amis la moindre concurrence. Pour ce qui regardait Rebecca et Joseph, il ne s’en souciait guère. Quant à Amélia, il trouvait en somme qu’elle était bien ce qu’il fallait pour le brillant George Osborne, et en voyant cet aimable couple parcourir ces belles promenades, au grand étonnement et au grand plaisir de la jeune fille, il considérait cette joie naïve avec une sorte de plaisir paternel. Peut-être aurait-il désiré avoir quelque chose de plus que le châle à son bras. La foule souriait en voyant ce jeune officier, un peu gauche à porter tout cet attirail féminin ; mais aucun calcul d’égoïsme ne pouvait venir à l’esprit de Dobbin. Aurait-il songé à se plaindre tant que son ami paraissait satisfait ? Ce qui est certain, c’est que toutes les séductions de ce lieu de délices, ces milliers de lampes qui jetaient le plus vif éclat, ces joueurs de violon en chapeau à cornes, qui faisaient retentir les plus ravissantes mélodies sous la conque dorée qui s’élevait au milieu des jardins ; ces chanteurs de romances sentimentales ou comiques, qui charmaient les oreilles ; ces contredanses composées de cokneys et coknesses et exécutées au milieu du bruit, des cabrioles, des bousculades et des rires ; le signal qui annonçait que Mme Saqui allait faire son ascension dans le ciel sur une corde roide montant jusqu’aux étoiles ; l’ermite que l’on trouve toujours assis dans son ermi-