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chasse aux saucissons et aux nougats, reconnut à la porte de l’instituteur le haquet de la maison Dobbin et Rudge, épiciers et marchands d’huile, Thames Street, à Londres, pendant que l’on déchargeait un convoi de marchandises dont cette maison faisait commerce.

À partir de ce moment, il n’y eut plus de repos pour le jeune Dobbin. Les plaisanteries tombèrent sur lui sans pitié.

« Eh bien ! Dobbin, disait un de ces drôles, bonnes nouvelles dans le journal, le sucre est en hausse, mon garçon. »

Un autre lui posait le problème suivant : « Si une livre de chandelle vaut quatorze sous et demi, combien vaudra Dobbin ? »

Puis c’étaient des éclats de rire au milieu de cette troupe de garnements, qui jugeaient dans leur sagesse que la vente en détail est un commerce honteux et déshonorant, bon tout au plus à exciter le mépris et le dédain des grands seigneurs de leur trempe.

« Votre père, Osborne, n’est rien de plus qu’un marchand, dit Dobbin en particulier au jeune drôle qui avait soulevé la tempête contre lui.

— Mon père, répondit l’autre avec hauteur, est gentilhomme et sait garder son rang.

William Dobbin se retira dans un coin de la cour, où il passa le reste de la récréation en proie à la plus vive tristesse, au chagrin le plus cuisant. Qui parmi nous ne se rappelle ces heures pénibles et amères, ces douleurs de notre enfance ? Qui mieux qu’un enfant ressent l’injustice ? Qui tremble plus devant la raillerie ? Qui a un sentiment aussi pénétrant du mal qu’on lui fait, une gratitude aussi expansive pour un acte de bonté ? Et vous ne craignez pas de flétrir, de torturer ces jeunes âmes ! et pourquoi, mon Dieu ? pour une malheureuse erreur d’arithmétique, pour l’amour de ce damné latin.

William, par suite de son incapacité à apprendre les éléments de ladite langue tels qu’ils sont présentés dans le merveilleux ouvrage intitulé Grammaire latine d’Eton, se vit relégué parmi les commençants du docteur Swishtail. Il était toujours surpassé par de petits enfants à la face joufflue et rose, portant des brassières et des tabliers, au milieu desquels il s’élevait comme un géant. Son regard errant et stupéfait, son abécédaire écorné et son pantalon à côtes qui lui serrait la jambe, le désignaient aux sarcasmes des autres écoliers ; petits