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à l’heure ordinaire de son lever, si une interruption, à laquelle George était tout à fait étranger, n’était venue le tirer de sa léthargie.

George occupait le même appartement de moitié avec son beau-frère, mais ses préparatifs et le chagrin de quitter sa femme ne lui laissèrent pas le temps de songer à maître Jos, profondément enfoncé dans ses draps. George n’entra donc pour rien dans l’attentat dirigé contre le sommeil de son beau-frère : le capitaine Dobbin fut le seul coupable. Le capitaine vint le secouer rudement dans son lit, ne pouvant, disait-il, partir sans lui avoir serré la main.

« C’est bien aimable à vous, fit Jos avec un épouvantable bâillement et le sincère désir de voir le capitaine au diable.

— C’est que… vous savez… je n’aurais pas voulu partir sans vous dire adieu, dit Dobbin dont les paroles confuses trahissaient le trouble des idées ; parce que, voyez-vous, il en est plus d’un parmi nous qui ne reviendra pas… et alors je n’étais pas fâché de vous voir tous en bonne santé… et puis… enfin… voilà… vous m’entendez ?

— Je ne vous comprends pas ! » dit Jos en se frottant les yeux.

Mais le capitaine ne faisait pas la moindre attention au gros garçon en bonnet de nuit pour lequel il venait de protester d’un si tendre intérêt. L’hypocrite dirigeait toutes les facultés de son âme du côté des appartements de George, dans l’espérance de recueillir un murmure, d’apercevoir une ombre fugitive. Il allait et venait dans la chambre de Jos, dérangeait les chaises, battait la mesure sur les vitres, rongeait ses ongles et donnait mille preuves non équivoques du désordre intérieur de son être.

Jos, qui ne s’était jamais formé une bien haute idée du capitaine, commença à concevoir quelques doutes sur son courage.

— Qu’y a-t-il pour votre service, capitaine Dobbin ? demanda-t-il d’un ton railleur.

— Je vais vous le dire, répondit le capitaine en s’approchant de son lit. Le régiment part dans une heure, Sedley, et qui sait le sort qui nous est réservé, à George et à moi ! Comprenez bien ceci, vous ne quitterez cette ville que lorsque vous serez bien renseigné sur l’état des choses. Votre place, Jos, est marquée à côté de votre sœur, pour veiller sur elle, lui donner du courage