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Éveillée ! Hélas ! oui, éveillée pour sa plus grande douleur, la pauvre enfant, car au même instant les notes aiguës du clairon retentirent sur la place d’armes pour s’étendre de là sur la ville entière. Bientôt la cité se trouva sur pied au son du tambour et des fifres.


CHAPITRE XXX.

Adieu, cher ange ! il faut partir !

Nous n’élevons pas nos prétentions jusqu’à vouloir prendre rang parmi les chroniqueurs de bataille. Notre place est marquée loin de la mêlée, et nous y tenons. Pendant le branle-bas du combat nous descendons à la cale pour y attendre héroïquement la fin de l’action. À quoi bon venir nous jeter à la traverse des manœuvres que de braves gens exécutent au-dessus de nos têtes. Ainsi donc après avoir accompagné le ***e aux portes de la ville, nous laissons le major O’Dowd faire son devoir, et nous retournons auprès de la femme du major, des autres dames et des bagages.

Mais il est indispensable de dire auparavant que le major et sa femme n’ayant pas été invités au bal où nous venons de voir figurer nos autres amis, avaient eu, pour goûter les douceurs de l’édredon, bien plus de temps que ceux qui avaient voulu partager la nuit entre le plaisir et le devoir.

« Peggy, ma chère, disait le major, en tirant tranquillement son bonnet de nuit sur ses oreilles, laissez faire, et dans deux ou trois jours nous allons commencer une danse comme on n’en a pas vu souvent de pareilles. »

Le lit, après un bon verre de genièvre, avalé à son aise, lui paraissait bien préférable à l’ennui et à la fatigue de ces corvées du grand monde. Quant à Peggy, elle regrettait de n’avoir pu faire à l’éclat des lumières l’exhibition de son turban et de son oiseau de paradis, lorsque les paroles de son mari vinrent lui offrir un plus grave sujet de méditations.

« Éveillez-moi, je vous prie, une heure avant le rappel, dit le