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l’honneur d’être admises chez quelque grand de leur nation.

Jos et mistress O’Dowd, malgré leurs désirs et leurs démarches, ne purent réussir à se procurer des billets. Nos autres amis furent plus heureux. Grâce à l’intervention de milord Bareacres, qui rendait ainsi, d’une manière économique, la politesse du dîner, George obtint une carte pour lui et mistress Osborne, ce qui ajouta, s’il était possible, à la vanité de ses sentiments. Dobbin, ami du général de division sous les ordres duquel était son régiment, vint un jour tout joyeux trouver mistress Osborne et lui montra une invitation semblable. Jos en fut jaloux, et George se demanda avec surprise ce que William avait à faire dans ces salons aristocratiques. M. et mistress Rawdon furent tout naturellement invités, comme amis du général commandant la brigade de cavalerie.

George avait fait préparer pour sa femme les toilettes les plus élégantes, les parures les plus nouvelles ; mais la pauvre Amélia, une fois arrivée dans ce bal qui acquit par la suite une si grande célébrité, ne trouva personne à qui parler.

Lady Bareacres répondit à peine au salut de George et lui tourna le dos. Il lui avait offert à dîner ; elle lui avait procuré un billet, partant ils étaient quittes. De toute la soirée elle n’eut pas l’air de l’apercevoir. George déposa Amélia sur une banquette où il la laissa à ses réflexions. N’avait-il pas fait preuve de galanterie, en lui achetant des robes, en la conduisant au bal ; c’était à elle maintenant de s’y amuser comme elle l’entendrait. La pauvre femme était assaillie par les pensées les plus tristes et les plus pénibles, et personne, à l’exception de l’honnête Dobbin, ne vint en troubler le cours.

L’échec fut complet pour Amélia, et son mari s’en mordit les lèvres avec rage. Par contre, mistress Rawdon Crawley obtint un véritable triomphe. Elle arriva à une heure fort avancée, sa figure était rayonnante, sa toilette d’un goût exquis ; son entrée fit sensation au milieu de ces grands personnages, et tous les lorgnons se dirigèrent sur elle. Rebecca paraissait aussi à son aise que si elle se fût trouvée à la tête des pensionnaires de miss Pinkerton pour les conduire au temple.

La foule des élégants et des hommes à la mode, dont la plupart l’avaient déjà vue, faisait cercle autour d’elle ; les dames disaient tout bas qu’enlevée par Rawdon dans un couvent,