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bras de son amie avec un élan de tendresse enthousiaste, et, en dépit du lieu où elle se trouvait, en dépit de la lorgnette du général, obstinément braquée sur la loge d’Osborne, elle embrassa sa chère amie en présence de la salle entière ; mistress Crawley eut en outre un gracieux salut pour Dobbin, admira la large broche de mistress O’Dowd et ses magnifiques cailloux d’Irlande, ne pouvant se persuader qu’ils ne vinssent pas en droite ligne de Golconde. Elle s’agitait, se tournait, frétillait, décochait un sourire à celui-ci, une parole à celui-là, et tout ce manége était à l’adresse de la lorgnette jalouse, qui ne perdait pas un seul de ses mouvements. Quand la toile se leva pour le ballet, où pas un danseur n’égala son talent de pantomime et de comédienne, elle retourna à sa loge, s’appuyant cette fois sur le bras du capitaine Dobbin. Elle avait refusé celui de George ; elle n’avait pas voulu l’enlever à sa chère et excellente petite Amélia.

« Quelle grimacière ! murmura l’honnête Dobbin à l’oreille de George, en revenant de la loge de Rebecca, où il avait conduit cette dernière sans desserrer les dents et avec une mine d’entrepreneur de pompes funèbres ; elle se tord et se démène comme un serpent coupé en deux. Tout le temps qu’elle est restée ici, je ne sais si vous vous en êtes aperçu, George, mais c’était une vraie comédie à l’intention du général qui se trouvait dans la loge.

— Grimacière… la comédie… Au moins vous m’accorderez que c’est la plus jolie femme de l’Angleterre ! répliqua George en montrant une rangée de dents blanches et en frisant sa moustache parfumée. Allons, Dobbin, vous n’êtes pas un homme du monde. Mais voyez-la maintenant, je vous prie : à peine a-t-elle dit deux mots au général, que le voilà à rire !… Emmy, pourquoi donc n’avez-vous pas de bouquet ? Toutes les femmes ici ont des bouquets.

— Et pourquoi ne lui en avez-vous pas acheté un ? » répliqua mistress O’Dowd.

Amélia et Dobbin surent gré à cette excellente femme de l’à-propos de sa repartie. Mais tout le reste de la soirée se passa dans un silence complet. L’éclat séducteur, la conversation brillante de sa rivale causaient à Amélia une tristesse insurmontable. Mistress O’Dowd elle-même restait pensive et taciturne comme si l’apparition de cette séduisante créature eût mis à néant