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Le major O’Dowd avait servi son souverain dans toutes les parties du monde. Bien qu’il eût dû ses grades à quelque chose de plus honorable que des intrigues de boudoir, il était cependant le plus modeste, le plus silencieux, le plus doux et le plus paisible des hommes ; c’était un agneau que sa femme menait à sa fantaisie. Il venait en silence prendre sa place à la table des officiers, buvait beaucoup, puis, quand il était gorgé de liquides, il rentrait dans sa chambre pour y cuver son vin. S’il ouvrait la bouche, c’était toujours pour être d’accord sur n’importe quoi avec n’importe qui. Sa vie s’écoulait ainsi heureuse et égale. Le soleil brûlant de l’Inde n’avait point embrasé son sang, et la fièvre jaune n’avait point eu de prise sur cette rude écorce. Il marchait à une batterie de canons avec la même indifférence qu’il mettait à se rendre à une table servie. Son appétit ne distinguait pas entre un rôti de cheval et une soupe à la tortue. Il avait encore sa vieille mère, mistress O’Dowd de O’Dowdstown, à laquelle il n’avait jamais désobéi qu’en prenant la fuite pour s’enrôler et en s’obstinant à épouser cette gaillarde de Peggy Malony.

Peggy était une des cinq demoiselles faisant partie des onze enfants de la noble maison de Glen-Malony. Son mari, et tout à la fois son cousin, lui était parent du côté maternel, et lui devait l’inestimable avantage d’une alliance avec des Malonies, dont pas une famille au monde n’égalait à ses yeux la noblesse. Après neuf saisons à Dublin et deux à Bath et à Cheltenham, sans avoir pu trouver personne qui voulût s’atteler avec elle au joug de l’hyménée, miss Malony ordonna à son cousin Mick de l’épouser ; elle marquait alors six lustres et demi sonnés. L’honnête garçon obéit et emmena sa cousine dans les Indes occidentales, où elle eut, comme doyenne d’âge, la présidence des dames du ***e régiment dans lequel O’Dowd venait de passer par mutation.

Mistress O’Dowd avait à peine passé une demi-heure avec Amélia, que celle-ci, subissant le sort commun à toutes les nouvelles connaissances de la major, dut écouter d’un bout à l’autre l’histoire de sa famille et la généalogie des Malonies.

« Ma chère, disait-elle dans le laisser-aller de ses épanchements, je voulais faire de George mon beau-frère, et ma sœur Glorvina lui allait parfaitement ; mais ce qui est fait n’est plus à faire, et, puisqu’il vous a épousée, vous êtes désormais pour moi