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et qu’une bonne grosse mère, en amazone, suivie de quelques officiers du régiment, s’avança à leur rencontre.

« Me voilà ! fit-elle, car je n’ai pas pu attendre au thé. George, mon cher, présentez-moi à madame. Madame, charmée de faire la vôtre et de vous présenter mon époux, le major O’Dowd. »

Après ce compliment, la joyeuse et grosse amazone s’élança au cou d’Amélia avec une effusion délirante, et celle-ci reconnut bien vite l’original dont son mari s’était si souvent amusé à lui faire la caricature.

« Vous avez dû souvent entendre parler de moi à votre cher époux, reprit cette dame avec beaucoup de vivacité.

— Vous avez dû souvent en entendre parler, » répéta son mari le major avec la précision d’une serinette.

Amélia lui dit qu’en effet ils avaient souvent parlé d’elle avec son mari.

« Je suis sûre qu’il ne m’aura pas trop bien arrangée, répliqua mistress O’Dowd en ajoutant que George était une mauvaise langue.

— J’en répondrais, » continua le major essayant de prendre un air malicieux, ce qui excita une vive hilarité de la part de George.

Mistress O’Dowd fit claquer son fouet, en intimant au major l’ordre de se tenir fixe sur toute la ligne. Puis elle demanda à George d’être présentée à mistress la capitaine Osborne, suivant toutes les règles de l’étiquette.

« Je vous présente, ma chère femme, dit George avec son plus grand sérieux, la très-bonne, très-aimable et très-excellente amie, Aurelia Margaretta, autrement dite Peggy.

— Vous y êtes ; allez toujours, dit le major.

— Autrement dite Peggy, femme de Michel O’Dowd, major de notre régiment et fille de Fitzjurld Ber’sford de Burge Malony de Glen Malony, comté de Kildare.

— Et de Murgan-Square, à Dublin, reprit la dame avec un air de majesté calme et digne.

— Et de Murgan-Square, cela va sans dire, fit tout bas le major.

— C’est là que vous m’avez fait la cour, mon cher major, » reprit la dame.

Le major eut un signe de tête affirmatif pour ces dernières paroles comme pour celles qui les avaient précédées.