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camarade ; puis, comme il s’avançait pour aider la jeune femme à descendre de voiture, Stubble put voir le joli petit pied qui posa à peine sur la marche. Il devint tout rouge pendant qu’il faisait le plus profond salut à la jeune mariée.

En voyant le numéro du régiment sur le casque de l’enseigne, Amélia lui fit un petit signe de tête accompagné d’un doux sourire, ce qui acheva de le clouer sur place. À partir de ce jour, le capitaine Dobbin traita M. Stubble de la façon la plus affectueuse, et, à la promenade comme à la caserne, il fut souvent question d’Amélia dans leurs conversations. Bientôt, parmi les jeunes et braves officiers du ***e régiment, ce fut à qui aurait le plus d’admiration et de louanges pour mistress Osborne. Ses manières simples et naturelles, son air bienveillant et modeste lui gagnèrent tous les cœurs honnêtes. Notre lecteur doit demander à son imagination plus encore qu’à nos paroles une idée de cette douceur et de cette simplicité. La simplicité, voilà un joyau inestimable pour une femme et qu’on peut reconnaître en elle, rien qu’à lui entendre dire qu’elle est engagée pour le prochain quadrille ou que la chaleur la fatigue. George, qui avait toujours eu le pompon dans son régiment, grandit encore dans l’estime de ses jeunes collègues, séduits par son désintéressement à prendre une femme sans fortune et son bon goût à la choisir si charmante.

Dans le salon commun, Amélia fut toute surprise de trouver une lettre adressée à mistress la capitaine Osborne. C’était un billet rose de forme triangulaire. Sur le cachet on voyait une colombe tenant dans son bec un rameau d’olivier ; la cire n’avait point été ménagée, et l’écriture très-large et très-lâche accusait une main féminine.

« Voilà qui sort du poignet de Peggy O’Dowd, dit George en riant ; je le reconnais aux bavures de la cire. »

C’était bien en effet un billet de mistress la major O’Dowd, qui priait mistress Osborne de venir passer la soirée chez elle en petit comité.

« Il faut y aller, dit George à sa femme ; vous ferez connaissance avec tous les officiers de notre corps. O’Dowd commande le régiment, et Peggy commande O’Dowd. »

Mais ils étaient à peine, depuis quelques minutes, en possession de la lettre de mistress O’Dowd, que la porte s’ouvrit avec fracas